L'univers d'Emmanuel Guirado

L'Atlas et la Révolte

Catégorie:
Roman, Historique
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Description

J’ai tout perdu. L’odeur de centre froide et d’eau stagnante est tout ce qu’il reste de cet appartement. Le petit jour a dévoilé des murs noircis, des fenêtres arrachées aux montants de bois tordus par la violence du feu. Les pompiers étaient venus vite, mais il n’y avait plus rien à faire que préserver les immeubles alentour des flammes qui montaient vers le ciel dans un ballet sauvage sous le regard incrédule des voisins penchés à leurs fenêtres pour assister au spectacle. J’avais peu de souvenirs. Sauf… Sauf quatre classeurs contenant les centaines de négatifs de mon travail de photographe. J’ai pleuré en silence. Seul. J’ai perdu chaque visage photographié, mis en scène, surpris dans un geste, volé sur un trottoir. L’immeuble serait sans doute démoli. Tous les petits fragments d’humanité imprimés sur la pellicule n’étaient plus qu’un mille-feuille de celluloïd fondu et de cendres humides. Dans un geste de défi, j’ai acheté un cahier et j’ai écrit sur la première page les noms de deux endroits où j’ai croisé l’humanité tout entière. Puisque j’avais perdu les images, j’allais remplacer les cristaux d’argents sur la pellicule par des traces d’encre sur du papier en espérant que celui-ci ne brûle pas à son tour ce qui serait à mes yeux le signe que l’humanité ne veut se laisser attraper, ni par un photographe débutant ni par un écrivain de troisième ordre.

Emmanuel Guirado a affirmé à plusieurs reprises que ce roman n’aurait jamais dû voir le jour. Il était lancé dans un projet d’ampleur quand un petit bout de souvenir lui est revenu en mémoire. C’était un temps où il avait écrit une espèce d’étude ethnologique des derniers bistrots populaires de Paris. Mais voilà, n’est pas Lévi-Strauss qui veut et ce travail prétentieux (c’est lui que le dit) avait fini dans un tiroir. Le petit bout de souvenir lui a fait se souvenir des personnages hauts en couleur, frustes et attachants qui hantaient ces lieux pour la plupart disparus. On se prend à regretter de n’être pas assis parmi eux et les écouter refaire le monde.